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Inconvénients et avantages de l’automne

Article paru dans Le Libertaire du 4 octobre 1946, reproduit in Georges Brassens, Œuvres complètes. Chansons, poèmes, romans, préfaces, écrits libertaires, correspondance, Paris, Le Cherche Midi, 2007, pp. 1051-1052.

C’est le lundi 23 septembre aux alentours de 15 heures 30 que l’automne est entré en fonctions.

Officiellement, bien entendu.

Car, pendant toute la durée de l’été, il n’avait cessé de se préparer le terrain en jetant ça et là des semences de rouille.

En somme, il résidait déjà dans nos murs mais incognito.

À présent, c’est officiel, le calendrier l’a dit.

*

Les « gens de bien » qui étaient allés grignoter à la mer ou à la montagne les fruits de leur exploitation systématique des « gens de peu » vont revenir souiller Paris de leurs charognes méphitiques...

Paris va de nouveau sentir mauvais.

Il est vrai que les « gens de bien » provinciaux ne sentent guère meilleur que ceux de la capitale.

Et comme ceux-là avaient été remplacés par ceux-ci, le résultat fut le même.

Les différents excréments émanent peut-être de différentes odeurs, mais ces odeurs s’avèrent néanmoins également nauséabondes.

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Les poitrinaires vont commencer à regarder tomber les feuilles et la mort faire la navette des hôpitaux aux cimetières.

Les actes de décès vont s’entasser sur le bureau de l’état civil des mairies…

Une grosse compensation pour ces pauvres malades.

L’État va faire l’impossible pour que le jour des élections ils puissent accomplir leur devoir de citoyens.

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Les écoliers font une drôle de tête.

C’est que les magasins ont commencé leur grande offensive.

Rentrée des classes par-ci, rentrée des classes par-là, rentrée des classes partout.

Pauvres potaches, ils vont bientôt porter un lourd cartable sur leur dos et rester enfermés des journées entières entre quatre murs de ciment.

Heureusement qu’il leur restera toujours la possibilité de faire l’école buissonnière et de lancer des encriers à la tête des professeurs.

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Les poètes staliniens vont taquiner les braves muses qui pourtant ne leur ont rien fait.

Éluard, Aragon et consorts demanderont au bon papa Staline, l’autorisation de chanter la chute des feuilles…

Staline, si généreux, la leur accordera et nous en supporterons les horribles conséquences.

Rien ne nous aura été épargné.

*

Empressons-nous de constater que de pair avec les inconvénients susdits, l’automne présente quelques avantages.

Les gangsters, eux aussi, vont rentrer de vacances et reprendre leur activité.

Leur activité néfaste aux gens de bien.

Ainsi qu’aux membres… virils de la police.

Ce n’est pas le moment d’avoir un compte en banque ou une plaque d’inspecteur.

Les cheminées qui ont un plein dos de fumer sans arrêt et sans bénéfice sur le toit des maisons s’entendront avec le grand vent pour s’écrouler sur le cap des agents de la force publique.

Bientôt nous pourrons lire dans les journaux :
« une vieille cheminée a dégringolé sur la tête de X... représentant de l’autorité, le malheureux a presque été tué ».

Ça nous distraira quelque peu et à bas prix.

Enfin, les routes vont devenir glissantes du fait de la brume et des pluies.

Or, le caoutchouc des pneumatiques a un mal du tonnerre de Dieu à sympathiser étroitement avec le bitume mouillé.

En conséquence, de nombreuses automobiles bourgeoises vont aller se marier avec les arbres et les poteaux télégraphiques.

Pourquoi le déplorer.

Ça fera marcher le commerce...

Celui des pompes funèbres en particulier.


Géo Cédille